Entrepreneur : un mouton noir dans la famille?

Entrepreneur : un mouton noir dans la famille?
3 mars 2020 Marie-Pier Villeneuve

Contre toute attente, je me suis lancée en entreprise après avoir laissé un emploi qui avait tout pour me rendre heureuse : sécurité d’emploi, revenus appréciables et petit régime d’assurances bien utile. C’était de surcroît un emploi stimulant reconnu dans le milieu, au sein d’une équipe qui était devenue comme une deuxième famille pour moi. Tout y était! Tout… sauf une chose essentielle à mon bonheur : la liberté absolue de créer et d’assumer. Évidemment, je n’allais pas me lancer en faisant des choses qui paraissaient insensées. Ou du moins, ce n’était pas mon intention.

Ceci dit, vous auriez dû voir la tête de mon père la première fois que je lui ai parlé de mon projet d’entreprise ; cet homme, qui a sacrifié sa vie à un job lui permettant de faire vivre sa famille de façon acceptable. Un job sans joie, sans défi, sans artifice aucun. Un job aliénant. Je vois encore le visage de mon père quand je lui ai dit que j’allais devenir cheffe d’entreprise. Lui qui a tellement pesté contre ses patrons. Lui qui a dû faire preuve de tellement de retenue, qui a dû « prendre sur lui » pour garder son équilibre mental dans une shop où les p’tits boss en mènent large pour combler leur besoin de pouvoir. Que dire de sa stupéfaction quand je lui ai annoncé que j’allais non seulement y investir toutes mes économies, mais aussi contracter des emprunts « dans les six chiffres » pour donner vie à ma nouvelle carrière? Mon père, qui a économisé à la sueur de son front. Mon père, qui a passé des soirées d’été à tondre des pelouses pour un peu plus d’argent. Mon père, qui s’est privé du quatre-roues, du camion et de l’emploi dont il avait toujours rêvé pour s’assurer qu’on ne manque jamais de rien, qu’on ne sente pas trop notre situation de classe moyenne-inférieure. Si je me sentais déjà différente des autres membres de ma famille à bien des égards, je vous jure que, cette fois, mon statut de mouton noir devenait officiel!

Par chance, mon père est un homme ouvert et à l’écoute. Il croit en moi et m’appuie donc dans mes projets. Il voit bien à quel point cette vie me rend heureuse et tout doucement, ses inquiétudes se sont muées en fierté.

Mais comment fait-on pour persister quand on sent que nos choix et nos actions contrastent avec ceux de notre entourage?

Pour moi, la seule façon d’y arriver, c’était de m’entourer d’un troupeau de moutons noirs. Je me suis mise à élargir mon cercle, à m’impliquer activement dans d’autres troupeaux pour aller à la rencontre de mes nouveaux semblables. Quand je m’arrête pour regarder autour de moi, je constate qu’il y a autant d’entrepreneurs que de salariés dans mon entourage. Mon truc, c’est vraiment ça : quand on se sent seul et différent, il faut chercher à se regrouper entre « originaux », entre personnes qui partagent les mêmes valeurs, des rêves semblables et des aspirations communes. Ainsi, cette belle communauté devient comme une seconde famille, un réseau de soutien, un groupe de personnes qui croient les unes aux autres.

C’est en osant être entièrement moi-même, en assumant mon besoin vital de créer et en réalisant mon propre rêve entreprenarial que j’ai réussi à trouver MON troupeau.

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